Le Panama est un pays de 75.000 km2 situé entre le Costa Rica et la Colombie et qui mériterait d’être connu pour plus que le canal de Panama.
C’est un pays où le touriste passera des vacances aquatiques agréables.
Mais c’est surtout un pays exemplaire au niveau des droits accordés aux populations indigènes locales.
Il existe actuellement 5 « comarcas » reconnues par la loi :
Ngöbe – Buglé et Kuna de Wargandi, la plus récente en 2000.
Il y a par ailleurs 3 demandes de « comarca » en cours
Naso Tjërdi, Bribri, Dagargunyala
Une « comarca » c’est un territoire attribué à l’ensemble des indiens, qui y habitent afin qu’ils puissent conserver non seulement leur territoire, mais aussi leur identité culturelle, leur mode de vie et leur structure sociale.
Il existe aussi 24 territoires Embera et Wounaan, dans le cadre d’un titre collectif de droit sur des terres, qui se trouvent hors des « comarcas ».
Nous avons été dans la « comarca » Kuna de Wargandi.
La raison spécifique pour laquelle nous nous sommes intéressés aux Kunas de Panama, est l’étude faite démontrant que leur mode vie, de s’alimenter (végétarien et beaucoup de cacao) leur assure un BMI exemplaire et une pression artérielle très basse.
Les Kunas parlent le « duk gaya ».
La « comarca » englobe 77.500 ha de terres.
Elle est dirigée par un « congreso general » et des « congresos locales ».
Les « caciques » sont reconnus comme étant les autorités traditionnelles, qui représentent les villages auprès des autorités publiques.
Les « congresos » ont comme fonction principale de renforcer, développer, conserver et protéger la culture, les traditions, la langue et l’intégrité des habitants.
L’exploitation forestière intensive est prohibée, ainsi que toute activité qui porte atteinte à la biodiversité et à la conservation des ressources naturelles de la région.
Les Kuna ont une relation très proche avec la forêt.
Le « galu » est un lieu sacré, invisible au commun des mortels, situé dans la forêt, au fond de la mer ou sous la terre, sous la forme d’une grande maison fortifiée, habitée par différents esprits : les bons, les mauvais, des hommes morts, des animaux. Ils règlent la nature, la vie et la conduite de l’homme en accord avec la relation établie entre l’homme et le monde surnaturel.
Pour les Kuna la forêt est en quelque sorte leur supermarché, leur pharmacie et leur quincaillerie.
Les « sailas » ou « sahilas » sont les sages, les savants
Les « absoged » sont les chanteurs de chansons médicinales, le médecin
Les « argarkan » sont les collaborateurs du « sahila »
Les « Sualibegan » sont les policiers.
Pour devenir « cacique »
Nos politiciens pourraient s’en inspirer.
Le « congreso local » est l’assemblée du peuple sous l’autorité et la guidance du « sahila ». C’est un organisme de caractère social, religieux, politique et administratif, qui traite les affaires de la communauté et invoque les dieux.
Chez les KUNA au Panama.Les Kuna sont une population indienne locale vivant aujourd’hui dans les îles San Blas et près des rivières dans la forêt montagneuse de la région de Kuna Wargandi.
Ils ont été repoussés par les espagnols de la Colombie vers le Panama et puis vers les îles et les montagnes du Panama, d’abord et par les indiens Embera par la suite. Il y a d’ailleurs aujourd’hui dans la région où habitent les Embera’s pas mal de villages portant un nom Kuna.
Après 3,5 heures de voitures de Panama city et 4 heures à dos de cheval, nous avons finalement aperçu le village Kuna au fond de la vallée.
Un ensemble de maisons faites de branches couvertes de toits en feuilles de palmier.
Nous nous sommes très vite trouvés totalement dépaysés et plongés complètement dans une façon de vivre encore très rudimentaire, très près de la nature et empreinte de cacao.
Hommes et femmes sont assez petits. Les femmes habillées dans une tenue traditionnelle très colorée, et portant quelques bijoux en or, dont un anneau nasal.
Les femmes sont très typées et en général très jolies. Elles portent les cheveux courts.
La nourriture est très peu variée et peut être qualifiée de végétarienne.
A part quelques poules, pas de vaches, pas de chèvres ni de moutons, pas de chevaux non plus.
Les Kuna marchent beaucoup et avancent aussi vite qu’un cheval au pas.
Les distances ne les effraient pas.
Les repas sont composés de manioc, de bananes, de maïs et de cacao.
Ce dernier est obtenu en récoltant les cabosses sur les arbres, qui se trouvent répartis le long du chemin, entre bananiers, manioc et autres.
Le cacao séché et toasté est utilisé comme boisson, mélangé à l’eau, et parfois à des bananes ou comme aliment mélangé au maïs et à la banane.
Par des techniques ancestrales ils parviennent à séparer le beurre de cacao des solides.
Ceux-ci forment une masse noire dans la casserole et sont ensuite mélangés dans la nourriture.
Le beurre de cacao est mélangé à l’ »achiote » (rocou) et utilisé par les femmes pour se maquiller le visage.
Mélangé au « mageb », feuilles vertes d’un arbrisseau, cela donne un onguent appliqué sur les boutons.
Ces produits sont précieux et les Kuna les conservent dans un petit coffre en bois, fermé à clé. Celle-ci pend autour du cou des femmes.
Le cacao est aussi utilisé lors de leurs fêtes et rites sacrés.
Lors des naissances, mariages et décès le cacao est brûlé et les fumées sont envoyées vers les esprits. Le cacao est aussi bu à ses occasions.
Une cérémonie particulière est celle suivant la puberté des filles.
Elles sont alors prêtes pour être mariées. Leurs cheveux sont coupés courts et une fête est organisée.
Lorsqu’une personne est malade les dieux et les esprits sont approchés en brûlant des fèves de cacao.
Nous avons vu des grandes et des petites statuettes, taillées dans le bois.
Celles-ci sont utilisées par les « sahilas » les savants, les prêtres du village lors des cérémonies.
Ce sont eux aussi qui s’installent dans des hamacs au centre de la grande maison réservée au « congreso ».
Les visiteurs s’installent sur des bancs tout près et aussi les « voceros ».
Ce seront les « voceros » qui traduiront en Kuna commun les chants des « sahilas » qui les chantent dans une langue qui leur est propre, elle est pleine de métaphores, que le Kuna moyen ne comprend pas. Le « sahila » instruit le Kuna. Il est moraliste, un peu le curé de la paroisse, aide et informe. C’est lui qui informe quand il faut semer ou récolter le maïs, l’ananas, le riz.
Les habitants du village peuvent s’asseoir tout autour, le long des parois. Cette cérémonie dans la « sala del congreso » a lieu tous les soirs. Les savants y instruisent le peuple et rendent justice.
En dessous des « voceros » il y a des récipients avec des cendres et du cacao, dont la fumée va donner chaleur, chasser les moustiques et donner des inspirations divines.
Le Kuna partage avec les autres. Il ne doit pas devenir riche sur terre.
C’est dans l’après-vie, au ciel, qu’il aura une vie magnifique.




















